N A N C Y    T E X A S    1 2
NANCY TEXAS 11 ARBITRAGE 3 © BCNJ 1998 NANCY TEXAS 13

SOMMAIRE
Chroniques de l'arbitrage (4) Dany Haimovici
Le squeeze facile (1) Gérald Masini
Les bridgeurs malades du mixte Nicole Veilex
La donne du mois Gérald Masini

CHRONIQUES  DE  L'ARBITRAGE  (4)
Dany Haimovici 1
L'ARGENT  CHINOIS  DE  LA  CHARMANTE  VIEILLE  DAME


Le Festival International de Tel-Aviv débute traditionnellement par un tournoi individuel. Je n'apprécie guère la formule, car il faut jouer avec tant de partenaires et d'adversaires différents qu'il est très difficile de connaître la véritable signification des enchères. En revanche, c'est toujours avec un plaisir certain que j'accepte de l'arbitrer, à cause des incidents pour le moins curieux qui ne manquent jamais de se produire.

En février 1997, le tournoi compte six-cents participants venant de trente-quatre pays. Dans une salle de l'Hôtel Sheraton, je suis responsable de cinquante-huit tables, avec un assistant pour me seconder.

Le premier tour est à peine terminé que la pagaille commence : trois joueurs veulent s'asseoir à la même place, deux autres quittent la salle à la recherche de leur table... Je vous fais grâce du reste. Je me résigne donc à compter trente-cinq minutes par position, au lieu des quinze minutes habituelles, en espérant que cela sera effectivement suffisant.

Durant la deuxième position, je vois qu'une pièce de monnaie est lancée en l'air à la table de la joueuse chinoise Sun Mingt, une championne d'envergure mondiale. Intrigué, je décide de me rendre à la table où, de toute façon, Monsieur Est vient de sortir le carton Arbitre.

Il m'explique :
--- Madame Nord a ouvert de 2, j'ai passé, et Madame Chine, après une longue réflexion, a jeté une pièce en l'air. Ayant regardé sur quelle face était tombée la pièce, elle a déclaré 4. Je voudrais savoir si une telle pratique est légale.

J'ai la plus grande difficulté à me faire confirmer les faits, car Sun Mingt ne parle pas un anglais compréhensible. Elle parvient tout de même à m'expliquer, en russe, que sa partenaire, une allemande, ne parle pas l'anglais, qu'elle-même ne connaît pas l'allemand, et qu'elles ne savent donc pas du tout ce qu'elles jouent. Ne sachant que faire sur l'ouverture de 2, elle a pensé que la meilleure solution consistait à tirer le contrat final à pile ou face.

Puisque je ne peux rien décider tant que les en- chères ne sont pas terminées, je demande de continuer, et tout le monde passe. À ce moment, sans doute perturbé par cet incident, Est entame le Roi de Coeur !

C'est Sun Mingt qui sort cette fois le carton Arbitre. Comme elle connaît parfaitement le réglement en pareil cas, elle n'attend pas la fin de mes explications, si tant est qu'elle les comprenne, pour décider que Nord jouera le coup. Elle étale donc son jeu :

 R    A x x x x x    R D V    A D 10

--- Arbitre ! », hurle à son tour Madame Ouest, qui est d'ailleurs l'épouse de Monsieur Est, quand elle a fini de se concentrer sur ses propres cartes :

 V x x x    R D x x x    A x    x x

--- Doucement, je suis toujours là. Qu'y a-t-il ?
--- Mais, mais... est-ce légal de demander 4 avec un singleton dans la couleur après avoir lancé une pièce ?
--- Je ne sais pas si c'est légal, lui dis-je, mais il vaut mieux lancer une pièce qu'injurier sa partenaire.

Que peut faire Maître Renard, sinon laisser le coup se dérouler ? Très émue à l'idée de jouer avec Madame Mingt, Madame Nord ne réussit qu'à faire 10 levées, alors qu'il était enfantin d'en réaliser 11. De toute façon, le contrat à la plupart des tables sera ensuite 3SA... pour -1 !

--- Inscrivez, et passez à la donne suivante, s'il vous plaît, dis-je en partant.

À la troisième position, je suis de nouveau sollicité par Sun Mingt. Le dialogue est toujours aussi ardu. Je réussis à comprendre qu'elle a ouvert de 4, après avoir sorti son carton Stop, et que la charmante vieille dame en Ouest, ayant sereinement attendu le retrait du Stop, a sorti son propre carton Stop pour enchérir 42. Sun Mingt lui a fait remarquer que le carton Stop n'était pas nécessaire, mais Madame Ouest a insisté et Sun Mingt voudrait savoir pourquoi.

Je suis en train d'expliquer à Madame Ouest que le carton Stop n'est utile que dans le cas d'une enchère à saut, quand elle me réplique :
--- Monsieur, vous ne connaissez pas les règles ! Nous avons appris qu'un Stop après un autre Stop signifie que l'enchère est également un barrage.

Si Sun Mingt n'a pas compris les explications en hébreu, elle a parfaitement compris le mot « barrage ». Elle en rit tellement qu'il lui est impossible de reprendre le jeu avant trois bonnes minutes. Lorsque la donne est terminée, je vais trouver mon assistant :
--- Vous allez sûrement avoir un problème avec la donne 19 à la plupart des tables. Toutefois, si les enchères commencent par Stop/4, suivi de Stop/4, laissez-moi décider.
--- Pourquoi diable dirait-on Stop/4 ? Ce n'est pas logique.
--- Mon ami, quand Maître Renard vous dit quelque chose...

Comme prévu, à la fin de la séance, mon assistant vient se confondre en excuses :
--- Vous aviez raison pour la donne 19 : les joueurs hurlaient à presque toutes les tables. C'est tout bonnement inimaginable. Désormais, Maître Renard peut être assuré de mon entière confiance !


1. Dany Haimovici est ingénieur en informatique et, accessoirement, arbitre national israëlien.
2. Pour la petite histoire, Sud avait :   A   xx   RDxxxxxx   xx
    et Ouest :   xx   RDVxxxxx   x   Rx.

NANCY TEXAS 11 ARBITRAGE 3 SOMMAIRE SQUEEZE FACILE 2 NANCY TEXAS 13

LE  SQUEEZE  FACILE  (1)
Gérald Masini
LE  SQUEEZE  SIMPLE  ORIENTÉ


Bien que les possibilités de squeeze soient beaucoup plus fréquentes qu'on ne le croit généralement et soient souvent assez faciles à établir, le squeeze passe pour un art difficile, si ce n'est le plus difficile à apprendre. Cette réputation est due au caractère abscons et anti-pédagogique de la plupart des ouvrages traitant la question.

Par là même, la majorité des joueurs « moyens » pensent que le squeeze est réservé à l'élite appartenant aux sommets du classement. Voici donc le premier d'une série d'articles qui se proposent de montrer qu'il n'en est rien, en présentant des méthodes et des moyens mnémotechniques simples pour retrouver et effectuer les principaux types de squeezes.

Ces articles utiliseront les notations et les principes introduits par Mario Cicchelli dans son excellent ouvrage Le squeeze (Del Duca, Paris, 1975), qui traite le problème de manière rigoureuse et scientifique. Puissent-ils convaincre les joueurs modestes que les techniques élémentaires du squeeze restent largement à leur portée.

1. Menaces et gardes

Le principe du squeeze consiste à réaliser une levée avec une carte qui est a priori perdante, comme le Roi dans l'exemple 1 qui suit.

 
R
A  
 N
O  1  E
 S
 
            
 
R x
A x  
 N
O  2  E
 S
 
x x

Le Roi peut quand même rapporter une levée, à condition d'obliger l'adversaire à abandonner la garde de la couleur, l'As en l'occurrence. Il constitue une menace, qui est dite favorable dans ce cas, car elle est placée derrière la garde : par comparaison avec le jeu normal de la carte (figure 2), on réalise une levée en jouant de la main de Sud.

 
R
 N
O  3  E
 S
  A
 
            
 
R x
 N
O  4  E
 S
  A x
 
x x

Lorsque la menace est placée devant la garde, comme le montre l'exemple 3, elle est dite défavorable, toujours par analogie avec le jeu normal de la carte (figure 4) : le Roi ne permet pas de réaliser une levée en jouant de la main de Sud.

Une menace favorable est notée 1F, une menace défavorable 1DF.

2. Les menaces de deux cartes

Ce principe se généralise à deux cartes (et plus), comme le montrent les exemples ci-dessous :

 
A V
R D  
 N
O  5  E
 S
 
            
 
A V
 N
O  6  E
 S
  R D
 

Il est possible de réaliser deux levées en forçant l'adversaire à abandonner la garde de la couleur, c'est-à-dire à défausser une carte, le Roi ou la Dame, parmi les deux qui constituent la garde.

Une menace de deux cartes est notée 2Fen position favorable (figure 5) et 2DFen position défavorable (figure 6).

En général, une menace de deux cartes exige une carte de communication dans la main opposée, dite de transfert, qui est notée T. Cette carte permet de réaliser les levées potentielles de la menace. Sans elle, il n'existe pas de menace de deux cartes ou plus.

 
A R 9
D V 10  
 N
O     E
 S
 
x

Ainsi, dans cet exemple, la menace de trois cartes en Nord (3F) ne peut pas être ramenée à une menace de deux cartes (2F) après un tour dans la couleur, car la carte de transfert n'existe alors plus en Sud. La communication entre les deux mains est coupée.

3. La squeezante

Le moyen d'obliger l'adversaire à se démunir de ses gardes est constitué par une carte maîtresse, d'une couleur différente des menaces, sur laquelle l'adversaire est pressuré (to squeeze en anglais) et doit défausser une garde. Cette carte, dite squeezante, est notée S.

Considérons, par exemple, la situation suivante à SA :

 
 V
 A 10
 -
 -
 D
 D V
 -
 -
 N
O  7  E
 S
 9 8 6
 -
 -
 -
 
 7
 4
 7
 -

Lorsque Sud joue le 7 de Carreau maître, Ouest n'a d'autre choix qu'abandonner soit la garde à Pique, soit la garde à Coeur, Nord abandonnant alors la menace dans l'autre couleur. Ainsi, Nord écarte le 10 de Coeur si Ouest écarte la Dame de Pique, tandis qu'il écarte le Valet de Pique si Ouest écarte le Valet de Coeur. Est n'est pas concerné puisque son jeu ne contient aucune menace. Sud réalise ensuite les deux dernières levées grâce à la carte de transfert, le 4 de Coeur.

Outre la carte squeezante et la carte de transfert, le jeu de Sud comporte une carte dite neutre, le 7 de Pique, qui est notée N et qui ne joue aucun rôle dans le cas présent. Elle ne sert qu'à compléter la main. Le 2 de Coeur aurait tout aussi bien fait l'affaire.

4. Premier schéma de squeeze simple orienté

Les menaces figurant dans les exemples donnés jusqu'à présent sont toutes orientées (ou déterminées), car l'adversaire qui détient la garde est clairement identifié : Ouest dans les exemples 1 et 5, Est dans les exemples 3 et 6.

Deux menaces de ce type combinées permettent de réaliser le squeeze le plus élémentaire, dit simple, car il ne concerne qu'un seul adversaire, et orienté, car cet adversaire doit être connu. C'est en fait un tel squeeze qui fait l'objet de l'exemple 7. Il obéit à l'un des deux schémas suivants, où la première ligne représente le jeu de Nord, la seconde le jeu de Sud :
1F 2F  
N T S

L direct
N T S
1F 2F  

L inversé

Sur le schéma direct, c'est Ouest qui doit détenir les deux gardes, puisque les deux menaces favorables sont en Nord. Le schéma est inversé lorsque c'est Est qui détient les gardes, les menaces devant cette fois se trouver en Sud.

Il faut bien évidemment deux couleurs différentes pour les menaces et une troisième pour la squeezante.

5. Un exemple

Sud joue 3SA sur entame du 10 de Trèfle, pour le Valet de Nord, la Dame d'Est et le Roi.

 A V
 A 10 6 5 3
 R V 8
 V 5 2
 N
O     E
 S
 7 6 2
 R 4
 A 7 6 5 3
 R 7 6

Sud joue un petit Carreau pour le Valet du mort, pris de la Dame par Est, qui retourne Trèfle. Ouest tire trois tours de la couleur, Nord écartant un Coeur et Sud un Pique sur le dernier tour, puis présente le Roi de Pique pour l'As de Nord.

 V
 A 10 6 5
 R 8
 -
 N
O     E
 S
 7
 R 4
 A 7 6 5
 -

Sud tire alors le Roi de Coeur (les chances de voir apparaître un honneur sec en Est sont quasi nulles, mais sait-on jamais...), puis tous les Carreaux sauf un, pour se ramener à la position de l'exemple 7, selon le schéma L direct :
1F 2F  
N T S
Nord

Sud
 V  A 10  
 7  4  7

Comme nous l'avons montré, Ouest est squeezé sur le 7 de Carreau s'il détient à la fois les gardes à Pique et à Coeur.

6. Le compte pour le squeeze

Avant de réaliser un squeeze, il faut savoir déterminer s'il est effectivement possible. La réponse est donnée grâce au compte pour le squeeze, qui consiste à comptabiliser les levées potentielles au vu des deux mains.

Reprenons la donne de l'exemple, au moment où, après avoir encaissé ses trois Trèfles, Ouest réfléchit à son retour :

 A V
 A 10 6 5
 R 8
 -
 N
O     E
 S
 7 6
 R 4
 A 7 6 5
 -

Sud a déjà encaissé 1 levée et doit encaisser les 8 dernières. Le compte s'effectue de la manière suivante :

Le total se monte à 9 levées, soit une de plus que le nombre de levées restantes, et révèle une position de squeeze simple. En d'autres termes, si l'un des adversaire garde les deux couleurs des menaces, il ne pourra conserver une carte de plus que le nombre de cartes en jeu et sera victime du squeeze. Quel que soit le nombre de cartes restant à jouer, cette manière de compter est toujours valable.

7. La rectification du compte

Un facteur vital a cependant été négligé jusqu'ici. Regardons ce qui se passe si Ouest tire seulement deux tours de Trèfle avant de ressortir au Roi de Pique, la défense n'ayant alors réalisé que trois levées. Avant le dernier Carreau, la position est la suivante :

 
 V
 A 10 6
 -
 -
 D
 D V
 -
 7
 N
O     E
 S
ne joue pas
 
 7
 4 2
 7
 -

Sur le 7 de Carreau, Ouest jette son Trèfle maître, le mort un Pique ou un Coeur, et Sud ne peut plus réclamer qu'une seule levée.

Les adversaires n'ayant pas encaissé les levées légitimes qu'ils doivent toujours réaliser, on dit que le compte n'est pas rectifié (ou réduit) : 1 levée à Pique (la menace du Valet), 2 levées à Coeur (l'As et la menace du 10) et 1 levée à Carreau font 4 levées, soit autant que de levées restantes. Le squeeze ne peut pas fonctionner car Ouest peut conserver ses deux gardes en même temps.

8. Récapitulatif

Un squeeze est possible à deux conditions :

Un squeeze simple est dirigé contre un seul des adversaires, bien identifié. Il demande :

Lorsque les deux menaces se trouvent dans la même main, elles autorisent un squeeze simple orienté, selon le schéma L.

Dans le prochain numéro, nous passerons aux travaux pratiques avec une série d'exercices sur ce thème.

NANCY TEXAS 11 SOMMAIRE SQUEEZE FACILE 2 NANCY TEXAS 13

LES  BRIDGEURS  MALADES  DU  MIXTE
Nicole Veilex


Un mal qui répand la terreur,
Mal que le ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes des bridgeurs.
Le Mixte, puisqu'il faut l'appeler par son nom,
Capable en un tour d'en réduire au moins cent,
Faisait aux bridgeuses la guerre.
Elles ne mouraient pas toutes, mais toutes étaient frappées ;
On n'en voyait point d'occupées
À chercher le soutien d'une mourante vie.
Nulle donne n'excitait leur envie,
Les paires fittées se fuyaient,
Beaucoup désertaient les tournois !
Plus de jeu, partant plus de joie.
Le Maître tint conseil et dit : « Mes chers amis,
Je crois que le ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune.
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux.
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements.
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force débutantes.
Que m'avaient-elles fait ? Nulle offense.
Même, il m'est arrivé de manger des expertes.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi,
car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse. »
« Maître, dit un champion, vous êtes trop généreux,
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Hé bien ! Effrayer débutantes, élèves, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les terrorisant, beaucoup d'honneur ;
Et quant aux expertes, l'on peut dire
Qu'elles étaient dignes de tous maux,
Étant de ces gens-là qui, sur les jouvenceaux,
Se font un chimèrique empire. »
Ainsi dit le champion, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du vice-champion, ni du troisième, ni des autres puissances
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
Un touriste vint à son tour, et dit : « J'ai souvenance
Qu'en un tournoi jouant,
La chaleur, l'émotion et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Contre ma partenaire, j'eus des propos blessants.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il me faut parler net ! »
À ces mots, on cria haro sur le dadais.
Un juste, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévorer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Oser moquer une femme, quel crime abominable.
Rien que la mort n'était capable d'expirer son forfait.
On le lui ferait voir.
À la fin tout s'arrangea,
Les paires se ressoudèrent et eurent beaucoup de tops.

D'après Les animaux malades de la peste, de Jean de la Fontaine

NANCY TEXAS 11 PROBLÈME 11 SOMMAIRE SOLUTION 12 NANCY TEXAS 13

LA  DONNE  DU  MOIS
Gérald Masini
PROBLÈME  NUMÉRO  12

 10 3 2
 R 7 2
 D V 4 3
 A D 5
 N
O     E
 S
 A D V 9 5 4
 4
 R 10 2
 6 4 3

    N        E        S        O    
1SA233
44fin

Sud ayant entamé la Dame de Coeur, vous mettez le Roi, pour éviter la contre-attaque Trèfle. Nord prend de l'As et continue la couleur. Vous coupez et vous jouez un petit Carreau pour la Dame. Nord prend de l'As et rejoue un petit Carreau pour votre Roi. À vous.

SOLUTION  DU  PROBLÈME  NUMÉRO  11

 7 6 4 3
 D 8
 D 9 7 2
 A V 8
 N
O     E
 S
 A D V 10
 A 10 7 4 2
 A
 D 7 6

    E        S        O        N    
1passe1SApasse
2passe4fin

Sud entame le Valet de Carreau pour votre As. Vous jouez un petit Coeur pour la Dame du mort, prise du Roi par Nord, qui rejoue atout. Vous passez la Dame de Pique : Sud prend du Roi et continue par un petit Coeur pour le Valet de Nord et votre As. Vous tirez alors l'As de Pique, sur lequel Sud défausse un Trèfle. Vous coupez un Coeur au mort, mais Nord surcoupe (il avait Roi-Valet secs) et rejoue son dernier atout.

Après ce troisième tour d'atout, les Coeurs sont affranchis, mais vous avez perdu 3 levées et vous ne devez plus en concéder. Par nécessité, l'impasse au Roi de Trèfle doit réussir. Cette hypothèse faite, il reste encore une perdante Trèfle. Le diagramme correspondant :

 -
 -
 D 9 7
 A V 8
 N
O     E
 S
 V
 10 7
 -
 D 7 6

Nord possède le Roi de Carreau, en écartant le cas peu probable où Sud aurait entamé dans R V 10. Si ce Roi est second, Sud détient 6 Carreaux. Comme il a par ailleurs montré 1 Pique et 4 Coeurs, son Roi de Trèfle est second, lui aussi, et le contrat gagne toujours.

Toutefois, Sud a défaussé un petit Trèfle sur l'As de Pique, ce qui est impensable dans le Roi second. Comme il n'est pas affecté de troubles de la vision, il voit parfaitement le mort et il est donc certain qu'il avait initialement au moins 4 Trèfles.

Alors ? Il y aurait bien une possibilité de squeeze Carreau-Trèfle : une fois tirés le Pique et les Coeurs, la main qui garde les deux couleurs ne peut à la fois conserver le Roi de Trèfle troisième et le Roi de Carreau. Seul Sud peut être squeezé, car il défausse avant le mort, où se trouve la menace Carreau.

Hélas, Sud ne garde pas les Carreaux. Ce n'est pas tout à fait exact : il ne les garde pas encore. En effet, puisqu'il possède  V 10 (d'après son entame) et que le 9 se trouve au mort, il est possible de transfèrer la garde à Carreau en Sud : vous remontez au mort par l'impasse Trèfle et présentez la Dame de Carreau. Nord ayant couvert du Roi (il n'a pas le choix), vous coupez avec votre dernier atout, et il ne reste plus qu'à tirer les Coeurs, pour aboutir à la situation suivante :

 ne joue pas
 -
 -
 9
 A 8
 N
O     E
 S
 -
 7
 -
 D 7
 
 -
 -
 10
 R x

Sur le dernier Coeur, Sud doit rendre les armes. Ce joli squeeze avec transfert de garde a été réussi à la table par Alan Truscott en personne, pendant les championnats d'Europe 1958 à Oslo, au cours du match opposant la Grande-Bretagne à l'Égypte, qui faisait alors partie de l'Europe !

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